Serious-gaming, les jeux vidéo au service du patient

par B. Bonnechère

bruno livre

Décris-moi ton sujet de recherche

Au sens large du terme, je m’intéresse à l’utilisation des nouvelles technologies dans la revalidation. Le domaine étant vaste, je me concentre sur l’utilisation des jeux vidéo, commerciaux et spécialement adaptés dans la revalidation. Il existe de nombreuses possibilités d’intégrer les jeux dans la revalidation. Dès le début nous avons fait le choix de travailler uniquement avec du matériel largement disponible et bon marché afin que les solutions que nous développons soient les plus accessibles possibles. Nous travaillons principalement avec la caméra Kinect et la plateforme de force Balance Board qui a été développée par l’industrie du jeu vidéo et qui sont donc produites à grande échelle et à coût raisonnable (une centaine d’euro). Mon principal sujet de recherche, et de ma thèse, est de valider l’utilisation de ce matériel pour effectuer des évaluations fonctionnelles des patients. Malgré le prix de ces appareils, on obtient des résultats très satisfaisants pour une série de mesures et de paramètres en comparaison avec des appareils gold standards de laboratoire. Dès lors, nous travaillons actuellement sur la mise au point d’un système de feedback qui permet de corriger en temps réels les mouvements effectués par le patient afin que celui-ci soit certain qu’il effectue correctement ses exercices de revalidation. Les données enregistrées durant les jeux sont également envoyées au thérapeute, ce qui permet de suivre l’évolution de son patient durant le processus de revalidation (voir question 3).

En quoi le serious-gaming peut représenter un plus dans un traitement ?

Il y a différents aspects positifs. Le premier est qu’il s’agit d’une nouvelle approche qui permet de varier le traitement tant pour le patient que pour le clinicien. Bien que les exercices à effectuer dans les jeux sont les mêmes que ceux à effectuer lors de la revalidation « traditionnelle », le fait de les effectuer dans les jeux donnent une toute autre dimension. Au niveau de la motivation il est évident que les jeux sont une option intéressante pour stimuler les patients, quelles que soient les pathologies. Toutes les études s’accordent là-dessus. Un autre point positif est le fait que lorsque les patients jouent, ils se concentrent moins sur les mouvements qu’ils effectuent et peuvent donc effectuer beaucoup plus de répétitions avant d’être lassés par les exercices. Des études ont ainsi montré que les patients effectuent plus de 10 fois plus d’exercices avec des jeux vidéo que lors de séances de revalidation conventionnelles. Quand on sait que le nombre de répétitions d’exercices est directement lié à l’évolution du patient (surtout en revalidation neurologique), on comprend aisément l’intérêt de ce genre de technique. Enfin, pour être efficaces, encore faut-il que les exercices soient effectués de manière correcte. Ici encore l’utilisation des jeux vidéo, couplés à des systèmes d’analyse et de correction des mouvements, peut être une aide précieuse pour les patients mais également pour les cliniciens qui bénéficient ainsi d’un moyen de s’assurer que les patients effectuent leurs exercices à domicile mais aussi et surtout qu’ils les effectuent correctement ! Un dernier point positif est le fait que la réalisation des exercices « cachés » dans les jeux vidéo s’assimile à réaliser des exercices en double-tâche. Or on sait que ce genre d’exercices est particulièrement propice au développement de nouvelles connections au niveau du cortex cérébral et des différentes aires impliquées dans le contrôle moteur. Des études réalisées en IRM fonctionnelle ont mis en évidence des modifications au niveau du cortex cérébral avant et après des programmes d’exercices à l’aide de jeux vidéo.

Certains affirment qu’avec ce type de développement (serious-gaming) le kinésithérapeute risque de perdre son savoir- faire. Que leur répondrais-tu ?

Paradoxalement, alors que nous vivons entourés et aidés de toute part par la technologie, les gens semblent toujours réticents et craintifs lorsqu’il s’agit de l’utiliser dans leur profession. Il est certes naturel d’avoir ce sentiment de protectionnisme et de se dire que les machines ne pourront jamais remplacer le savoir-faire et les compétences humaines. Même si je suis persuadé que cela arrivera un jour, et c’est en fait déjà le cas dans de nombreux domaines, le débat n’est pas là. Il ne faut pas voir la technologie comme un ennemi mais plutôt comme un formidable allié ! Si l’on regarde l’évolution de la médecine les trente dernières années, il est évident que les médecins utilisent de plus en plus la technologie pour fournir un diagnostic et des soins de qualité au patient. Je pense que personne ne se plaint qu’il soit actuellement possible d’obtenir des images d’une qualité parfaite des vaisseaux cardiaques en quelques millièmes de secondes sans aucun risque pour le patient, du fait que l’on puisse effectuer la majorité des interventions de chirurgie abdominale en laparoscopie ou encore qu’on soit capable d’enlever des tumeurs cérébrales sans intervention chirurgicale…

La technologie est utilisée et le sera encore plus dans le futur. La revalidation suit et suivra bien entendu ce mouvement. Cela ne veut pas dire que le clinicien va perdre son savoir, bien au contraire ! En fait, les nouvelles données provenant de ce système doivent être interprétées et bien comprises par le clinicien pour qu’il adapte le traitement en fonction des résultats mais également de son expertise et de son ressenti clinique lorsqu’il touche et effectue des exercices avec son patient. De toute façon la décision finale du traitement reviendra toujours au clinicien et non à la technologie. C’est lui le seul responsable du patient et la technologie est une aide et un support précieux pour le clinicien, à lui d’en faire ce qu’il en veut !

A qui sont destinés les «jeux » développés par FeasyMotion ? Kinés en cabinet ou hospitaliers ? Quel type de patient ?

Il y a plusieurs solutions développées en fonction des besoins. Pour les grands centres et les hôpitaux, nous avons mis au point une base de données centralisée dans laquelle les différents cliniciens en charge du même patient peuvent partager, s’ils le veulent, les données cliniques du patient. Pour l’ensemble des utilisateurs, un système d’agenda permettant de créer des séances de revalidation est disponible. L’ensemble des données collectées durant les exercices est enregistré dans la base de données et des rapports sont envoyés au clinicien afin de suivre l’évolution de son patient et de pouvoir modifier les exercices en fonction des capacités actuelles du patient.

Nous avons développés les exercices de revalidation en se basant sur des objectifs thérapeutiques précis : amélioration de la coordination bimanuelle, équilibre, force, endurance… Nous ne nous sommes pas concentrés sur l’une ou l’autre pathologie mais plutôt sur les répercussions fonctionnelles de ces pathologies sur le patient. Historiquement, nous avons travaillé davantage avec des patients souffrant d’affections neurologiques mais nous avons élargi nos champs d’application et les exercices peuvent donc être utilisés par de nombreux patients.

Propos recueillis par Olivier Van Hove


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *